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SVT- Académie de Strasbourg

Distinguer le monde des médias du monde de la science à partir de l’analyse d’une actualité scientifique présentée dans des médias

Distinguer le monde des médias du monde de la science à part ... Image 1

Intentions :  

Le monde de la science reste méconnu et son accès se fait en général par le prisme du monde des médias au fil des actualités scientifiques. À partir d’un exemple concernant une conséquence possible du changement climatique sur la taille de certaines espèces, il s’agit ici de prendre conscience de la distinction entre monde de la science et monde des médias, et de la nécessaire simplification en fonction du public visé (voire déformation, non intentionnelle en général) d’une actualité scientifique lors de sa diffusion par différents médias, dans un marché de l’information dérégulé (1). Il est important cependant de souligner explicitement que l’objectif n’est pas discréditer les médias de façon générale (et donc de glisser d’une éducation à l’esprit critique à une éducation à la méfiance voire à la défiance) mais bien d’apporter des éléments qui renforcent les outils de calibrage de la confiance à accorder à une information (2).

 

Questionner le traitement médiatique de l’actualité scientifique à partir d’un sujet « froid »

L’actualité issue de la science parvient en majeure partie à la société à travers les médias voire plus récemment à travers les réseaux sociaux, en premier lieu en quelques mots bien souvent (titre, tweet). Des représentations simplistes voire erronées de la science et des savoirs qu’elle produit peuvent en résulter, davantage par omission que par intention -il est utile de lire Gérald Bronner à ce sujet (1). En effet, le temps médiatique n’est pas le même que le temps scientifique : urgence à diffuser l’information, actuellement plus que jamais, dans un marché de l’information dérégulé depuis l’arrivée d’Internet. Il en est de même du format de présentation de ces informations dans les médias (titre ou et illustration accrocheurs, en lien avec la compétence et la zone de confort du type de public visé, durée ou nombre de caractères limités du reportage ou de l’article). Tout ceci ajoute des contraintes à la vulgarisation d’une actualité scientifique à partir de l’article scientifique de départ, si ce n’est pas déjà à partir d’un premier niveau de vulgarisation effectué par le monde de la science lui-même (dossier de presse, actualités des organismes de recherche, …). De plus, les éléments mis de côté (suivant le cas, la démarche suivie et ses limites, ou encore les nuances associées à la conclusion) le sont souvent de façon non explicite.

L’exemple proposé ici (« les oiseaux rétrécissent quand le climat se réchauffe ») est un objet d’étude à priori simple à comprendre et « froid », sans charge émotionnelle pour les élèves (au contraire de questions socialement vives) : il conduit facilement l’élève à explorer quelques éléments du chemin de cette vulgarisation scientifique, en distinguant la source primaire qu’est l’article scientifique qui s’adresse aux experts de la discipline (monde de la science) des différents articles écrits ou parlés qui en font état à destination d’un public plus ou moins compétent (monde des médias).

 

Viser les objectifs généraux de l’enseignement scientifique

Cette activité, en s’intéressant au partage des savoirs scientifiques pour le plus grand nombre (3), questionne ainsi les circuits et enjeux de la diffusion des connaissances entre la science et le grand public. On s’intéresse ici à la part réalisée par les médias « traditionnels » tout en remontant à la source primaire de l’information, un article scientifique publié dans une revue à comité de lecture, veillant ainsi à ne pas simplement analyser la qualité de telle ou telle source médiatique pour conclure quant à la qualité de l’information. Ce qui est rarement fait dans l’éducation aux médias comme elle est pratiquée habituellement, il faut le souligner. D’autres articles concernant d’autres exemples animaux peuvent encore être rapidement évoqués pour compléter les sources primaires sur ce sujet (9 à 11).

Dans le cadre de l’enseignement scientifique, ce travail – à associer avec d’autres exemples, qui s’intéresseront notamment à la part réalisée dans la vulgarisation scientifique par le monde de la science lui-même - contribue donc pleinement à atteindre les objectifs généraux de formation, éléments-clés de cet enseignement qui a pour ambition explicite de faire comprendre ce qu’est la science et quelle est sa place dans nos sociétés (voir 13, pour aller plus loin).

 

Apprendre aux élèves à se placer sur un continuum de confiance face à l’information vs invitation à la méfiance envers toute source d’information

 

Une vigilance s’impose cependant ici : si ce type d’exercice proposé à l’élève permet de comprendre que la qualité de l’entreprise de vulgarisation opéré par les médias est variable, pour les raisons déjà évoquées, il est important cependant de lui signifier explicitement qu’il ne s’agit pas de rejeter en bloc ce travail des médias (et donc de glisser d’une éducation à l’esprit critique à une éducation à la méfiance voire à la défiance). Bien au contraire, il faut souligner que certains médias (on peut citer Le Monde, du moins dans sa version journal classique) cherchent bien à « donner à l’expression publique de la science une forme offrant à la logique ordinaire de reconnaître la qualité de son argumentation » et par ailleurs usent du même marketing cognitif pour montrer les limites des raisonnements captieux relevant des pseudosciences (1). Dans la même idée, il ne s’agit pas d’opposer le monde de la science et des médias mais bien de montrer toute l'importance de la collaboration entre scientifiques et journalistes dans la diffusion de l'information scientifique.

Dans la pratique, dans le cadre d’une éducation à l’esprit critique (2), une meilleure connaissance de cette entreprise de vulgarisation participe à un meilleur calibrage de la confiance à accorder à une actualité scientifique exposée par un média. Au-delà d’un « tout ou rien », il semble judicieux de proposer à l’élève de se positionner, sur la base des informations à sa disposition et de sa propre compétence, sur un curseur de confiance allant de « pas confiant » à « très confiant ». Ici, on peut imaginer de sonder les élèves en direct en classe et anonymement en utilisant des applications qui permettent de recueillir le degré de confiance de l’élève (dans le respect du règlement général sur la protection des données ou RGPD), à deux ou trois reprises au fil de la démarche engagée.

 

Consigne et déroulement envisageable

Question/Consigne

Déterminez la fiabilité de cette actualité

Consigne : Pour ceci, mettez en œuvre une méthode permettant de vérifier que cette information relève d’un savoir scientifique en cherchant à préciser son niveau de preuves.

Documents fournis progressivement :

  • extrait d’un journal d’information radiophonique filmé (4) ;
  • article correspondant du site du journal Le Monde (5), article correspondant du journal Le Monde (6), article scientifique correspondant (avec extraits traduits) (7).

Déroulement :

  • mise en situation à partir de l’extrait radiophonique filmé (5’)
  • alternance de temps individuels/échanges au sein de petits groupes/échanges au sein de la classe à partir des articles fournis (durée indicative : 30 min)
  • synthèse collective finale ( durée indicative 10’)
  • traces écrites : les chemins de la vulgarisation scientifique

Conseils possibles du professeur (parcours pas à pas)

  • Identifier ce qui relève du monde des médias : identification de l’information scientifique (l’idée) telle qu’elle est présentée par l’animatrice de radio, identification des preuves (les faits) telles qu’elles sont présentées par l’animatrice radio, analyse de la fiabilité de ce qui est présenté dans cette émission radio à partir des seuls éléments fournis directement, comparaison de cette information dans d’autres médias, estimation du niveau de confiance dans cette information suivant les documents fournis (pas confiant/peu confiant/confiant/très confiant).
  • Identifier ce qui relève du monde de la science : identification de la source scientifique primaire de cette information (article scientifique), recherche de l’idée et des preuves telles qu’elles sont présentées dans l’article scientifique ; comparaison éventuelle avec d’autres études scientifiques publiées (extrait d’une revue de littérature) sur le même sujet ; nouvelle estimation du niveau de confiance dans cette information.

Principaux attendus

  • Distinguer le monde de la science du monde des médias
  • Distinguer un article scientifique vs un article de vulgarisation scientifique.
  • Calibrer sa confiance suivant un continuum vs tout ou rien .

Articulation avec les programmes

Lycée, Terminale, Enseignement scientifique, Une histoire du vivant

Message à emporter (Bilan possible)

Les médias participent à la diffusion des savoirs scientifiques en effectuant un travail de vulgarisation s’adressant à différents publics. Cette vulgarisation consiste à résumer ou à simplifier certains éléments de l’article scientifique initial qui s’adressent aux experts de la discipline afin qu’il devienne compréhensible du plus grand nombre. Certaines nuances et limites de l’article initial peuvent ne plus être signalées. Souvent, le titre ou l’illustration, qui se doivent d’être accrocheurs s’en affranchissent encore d’avantage (marketing cognitif). Ces étapes sur les chemins de la vulgarisation scientifique sont à prendre en compte dans le calibrage de la confiance à accorder à une actualité scientifique diffusée par un média.

Transfert

Pour favoriser le transfert, l’enseignant propose aux élèves de créer un exercice similaire dans un cadre différent, proche de celui qu’ils pourraient rencontrer dans leur vie quotidienne. On peut imaginer un travail par groupe de 3 ou 4 élèves (choix d’une actualité scientifique, répartition des recherches de l’information dans différents médias avec évaluation du niveau de confiance, recherche de l’article scientifique d’origine et de son résumé). Un document support peut être distribué, Une restitution en classe entière est ensuite organisée pour deux ou trois exemples.

Progressivité

Cette approche est à mettre en lien avec d’autres exemples, notamment s’intéressant à la vulgarisation scientifique par le monde de la science lui-même, dans la même discipline mais aussi en EMC et dans les enseignements de spécialité.

Figure 2. Exploitation possible des supports en classe

 

  

  

 

  

 

 

 

Figure 8. Extrait de l’article scientifique à l’origine de cette actualité scientifique (source primaire) (7)
Le changement de la taille du corps peut être estimé par la longueur du tarse (Tarsus length) ; le tarse correspond à la patte chez les oiseaux, segment situé entre la cuisse et le pied. Le tarse a diminué chez presque toutes les espèces de l'ensemble de données; les neuf espèces les plus échantillonnées sont présentées ici. Les lignes pointillées correspondent à la longueur moyenne du tarse pour chaque espèce.

Figure 9. Un exemple d’illustration d’un chemin de la vulgarisation scientifique faisant intervenir différents médias ( à partir de 12'08), Christophe Michel, chaîne Youtube Hygiène mentale (12) 

 

 

Références :

  1. Bronner Gérald, La démocratie des crédules, PUF, 2013.
  2. Pasquinelli Elena et Bronner Gérald (coordinateurs), Eduquer à l’esprit critique, rapport du groupe de travail « esprit critique » du Conseil Scientifique de l’Education Nationale, 2020, p 50. Rapport en cours de diffusion.
    https://www.reseau-canope.fr/conseil-scientifique-de-leducation-nationale/groupes-de-travail/gt8-developper-lesprit-critique.html
  3. Comment vulgariser sans falsifier ?, Du Grain à moudre par Hervé Gardette avec Elena Pasquinelli et Cécile Michaud, France Culture, 11/10/2018
    https://www.franceculture.fr/emissions/du-grain-a-moudre/du-grain-a-moudre-du-jeudi-11-octobre-2018
  4. Extrait de Bourdin Direct, Objectif Terre, BFM TV 09/01/2020
    Lien initial :https://rmc.bfmtv.com/emission/objectif-terre-avec-le-rechauffement-climatique-les-oiseaux-retrecissent-1819676.html
    Lien peertube : https://tube-strasbourg.beta.education.fr/videos/watch/aa32f563-480c-4303-a571-b61cc9f75994
  5. Clémentine Thiberge, Les oiseaux rétrécissent, et leurs ailes s’allongent, à mesure que le climat se réchauffe, article du site Internet du journal Le Monde, Publié le 04 décembre 2019 - Mis à jour le 05 décembre 2019.
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/12/04/les-oiseaux-retrecissent-au-fur-et-a-mesure-que-le-climat-se-rechauffe_6021680_3244.html
  6. Clémentine Thiberge, Les oiseaux rétrécissent quand le climat se réchauffe, Le Monde, 06 décembre 2019, p 7.
  7. (Source primaire: article scientifique): Weeks, B. C., Willard, D. E., Zimova, M., Ellis, A. A., Witynski, M. L., Hennen, M., & Winger, B. M. (2019). Shared morphological consequences of global warming in North American migratory birds. Ecology Letters. doi:10.1111/ele.13434
    https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/ele.13434
    Preprint pour l’accès aux figures en large résolution: https://www.biorxiv.org/content/10.1101/610329v1.full
  8. Source des images utilisées par les médias pour cet article :
    https://news.umich.edu/migratory-birds-shrinking-as-climate-warms-new-analysis-of-four-decade-record-shows/
  9. Un résumé de cette actualité scientifique en vidéo
    https://www.youtube.com/watch?v=BIK4hwgoOnw
  10. Pour aller plus loin : une explication de ces collisions nocturnes est que certains oiseaux désorientés par la lumière artificielle des bâtiments éclairés la nuit envoient des appels de vol qui peuvent attirer d'autres oiseaux à proximité et les conduire à une collision mortelle.
    https://news.umich.edu/fatal-chirps-nocturnal-flight-calls-increase-building-collisions-among-migrating-birds/
    Lien Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=seG9otqyvRs&feature=emb_logo
    Lien peertube : https://tube-strasbourg.beta.education.fr/videos/watch/1f1f8b0b-5e56-46f3-b7ac-d467cca5e366
  11. Pour aller plus loin : effet du réchauffement climatique sur la taille des animaux
    -Page Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9chauffement_climatique#Changements_physiologiques_des_organismes
    - Sheridan, J., Bickford, D. Shrinking body size as an ecological response to climate change. Nature Clim Change 1, 401–406 (2011). https://doi.org/10.1038/nclimate1259
    https://www.nature.com/articles/nclimate1259
    Accès à l’article complet : https://www.researchgate.net/publication/236651453_Sheridan_JA_Bickford_D_Shrinking_body_size_as_an_ecological_response_to_climate_change_Nat_Clim_Change_1_401-406
    -Mason, T.H., Apollonio, M., Chirichella, R. et al. Environmental change and long-term body mass declines in an alpine mammal. Front Zool 11, 69 (2014). https://doi.org/10.1186/s12983-014-0069-6 https://frontiersinzoology.biomedcentral.com/articles/10.1186/s12983-014-0069-6
    Article de vulgarisation correspondant en Français
    http://www.journaldelenvironnement.net/article/rechauffement-la-fonte-des-chamois,51433
  12. Christophe Michel, chaîne You tube Hygiène Mentale, Episode 8, (Illustration vidéo à 12’24).
    http://laelith.fr/Zet/Episodes/?p=1
    https://www.youtube.com/watch?time_continue=2&v=tBfxnYtV4sc&feature=emb_logo
  13. Pour aller plus loin concernant la vulgarisation scientifique :
    MOIRAND, Sophie; REBOUL-TOURE, Sandrine and RIBEIRO, Michele Pordeus. La vulgarisation scientifique au croisement de nouvelles sphères d'activité langagière. Bakhtiniana, Rev. Estud. Discurso [online]. 2016, vol.11, n.2 [cited  2020-12-31], pp.137-161. https://doi.org/10.1590/2176-45732387 .